Feignante !

« Quand tu étais bébé, tu as commencé par parler, la marche c’est venu plus tard : tu étais feignante… »

 

« – Vous vous n’avez pas à vous en faire, votre fille elle est toujours première de la classe !

-Bah, c’est parce que je suis derrière, sinon vous savez : elle est feignante ! »

 

Ambiance…

La gamine dont parle ces deux phrases: c’est moi. La personne qui me désignait comme feignante: ma mère. Je n’invente rien. J’étais enfant quand j’ai entendu ces deux phrases. A la fin de la trentaine, je ne les ai toujours pas oubliées.

Je n’ai jamais su si ma  mère était fière de moi. J’ai toujours pensé que je n’étais jamais allé assez haut pour elle. En effet on n’égale jamais un fantasme de perfection. Fantasme qui n’était au fond qu’une revanche à prendre sur sa famille, pour qui ma mère n’était pas en capacité d’avoir une enfant brillante. Elle a voulu leur river leur clou, leur montrer que si, sa fille pouvait être quelqu’un de brillant. Seulement elle m’a mis sur les épaules une pression ahurissante et une culpabilité qui était la sienne. L’impression de n’être jamais à la hauteur… et une rage folle aussi.

Il a fallu du temps pour que je sois capable d’être fière de moi. Par moi-même et sans avoir besoin de l’approbation de mon entourage. Oh bien sur, il y a des vieux réflexes qui reviennent souvent. Cette manière de dire que je suis nulle qui hérisse tant mon cher et tendre quand je n’arrive pas à me faire comprendre. Et qui est aussi selon lui une sorte de victimisation. En fait surtout, une manière de « parer les coups ». S’écraser parce qu’on espère que comme ça on ne se fera pas plus enfoncer et que la tempête passera au-dessus.

En même temps quand tu as entendu:

« -C’est de ta faute si ta mère est malade, c’est toi qui l’énerve trop! » (je précise que ma mère avait une maladie auto-immune )

Evidemment ça n’aide pas à se construire de manière solide. Bref.

Il y a un an et demi j’ai tout envoyé promener par dessus les moulins. Ma profession, la position sociale qui allait avec. Ensuite un an de blanc. Un an ou j’ai pris le temps de me remettre sur mes deux pieds. D’abord physiquement (15 ans à travailler comme une folle). Ensuite moralement. Là ça été plus long. Parce que quand tu arrêtes de travailler, ce qu’on te demandes toujours c’est: mais du coup qu’est-ce que tu fais? Et j’avais envie de répondre : RIEN, j’apprends à être. (Bon évidemment ce n’est pas ça que je répondais).

Pendant des années je ne faisais jamais le bilan de l’année qui s’était écoulée et les bonnes résolutions de janvier étaient écrites mais jamais tenues. (En fait parce que la vraie résolution c’était « garder la tête hors de l’eau »)

Et puis ce matin, je me suis dit qu’on arrivait en décembre et qu’en un an passé à ne rien faire chez moi, j’avais peut-être beaucoup plus « fait » que les dix dernières années écoulées.

  • J’ai appris à regarder et écouter la nature. (La chance d’habiter à la campagne c’est de voir les saisons s’écouler, de pouvoir regarder les nuages et éclore les fleurs)
  • Je sais ce qui m’est essentiel ou superflu. (Se débarrasser du second est une tâche de grande ampleur mais elle est bien lancée)
  • j’ai réappris à savourer la nourriture
  • j’apprends à prioriser, ordonner mes envies et les tâches
  • j’ai osé me lancer réellement dans l’écriture et le dessin sans laisser la peur d’échouer me bloquer
  • j’ai dit adieu à d’anciennes relations et j’ai (re)noué le contact avec d’autres qui en valaient vraiment la peine
  • j’ai un carnet de projets et l’important c’est que je les ai formulés, peu importe s’ils sont réalisés ou pas
  • j’ai appris tant de choses sur tant de sujets différents

Voilà. Est-ce peu ou beaucoup ? Je n’en sais rien. Je trouve pour ma part que c’est pas mal.

J’ai eu aussi des ratés, des calages, des inaboutis. Des douleurs aussi… Et pourtant cette année de « rien » a remis pas mal de choses en place. Pour l’année qui vient je ne me fixerai qu’une seule résolution. Immatérielle. Aimer mon corps. Lui, c’est le vilain petit canard. Il a besoin qu’on prenne soin de lui après tellement d’années à être négligé.

Le reste…ça viendra. Les envies ce n’est pas ça qui manque. J’ai arrêté de vouloir tout faire en même temps.

Et vous, est-ce que vous avez eu des grands tournants dans votre vie ?

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